Le Carnet de Guerre du Sergent Firmin BIDARD - 1ère Partie

Publié le par Pierre MILLET

Le départ et l'arrivée au Front.

27 Mai 1915
Enfin, notre Bataillon (le 12e) est désigné officiellement pour aller au Front.
Tout le monde a le petit pinçon à cette nouvelle, néanmoins le moral est excellent : on va donc en mettre un coup et en finir.
3 Juin 1915
Le jour fixé pour le départ est le dimanche matin, 10 h. Embarquement à la Glacière. Une permission de 24 heures est accordée à tous les hommes mais beaucoup ne rentrent que la veille du départ, on ne peut plus les tenir
6 Juin 1915
Départ du train à 11 h. Nous ne savons pas où nous allons, les potins font leur chemin.
Il fait si chaud que nous montons avec le Sergent-Major dans le Fourgon pour avoir un peu d’air.
Voici Pantin, Noisy-le-Sec, il n’y a pas de doute c’est dans l’Est, Alsace ou Argonne nous dit le conducteur du Train.
Si nous prenons à Bondy la droite : C’est l’Alsace, si nous prenons la gauche : C’est l’Argonne – Verdun.
Bondy – Plus de doute, nous prenons à gauche : c’est la ligne d’Argonne – Verdun.
Meaux – On voit quantité de villages détruits par l’ennemi.
Epernay : La ville saccagée par les Allemands conserve encore les traces de leur passage.
Le train ralentit : voici les Villages détruits de Suippes, Somme-Suipppe, la nuit est venue, le défilé est lugubre, la campagne dévastée et triste semble bouleversée, partout des trains régimentaires, on sent que nous somme à l’arrières des lignes, aucune lumière nulle part : notre train lui-même est plongé dans la plus complète obscurité et n’avance que très lentement.
11 heures du soir. Un arrêt et l’ordre de descendre est donné, cela dure 2 heures presque sans bruit.
Quelques torches éclairent le déchargement des chevaux et des voitures.
Nous sommes aux Islettes (55) à 15 kilomètres du Front.
Tout le monde est inquiet. Où va-t-on nous diriger ?
Nous ne savons rien. On ne voit pas une maison et pour cause, nous débarquons dans la plaine.
Minuit .. (illisible). On part où ! Une halte au petit jour, nous allons cantonner dans un petit village éloigné de quelques kilomètres des Islettes. Nous ne connaîtrons le nom que demain. Nous somme exténués, la chaleur est excessive, nous nous reposons quelques heures dans un grenier sur des planches : même pas de paille et cependant des troupes cantonnent journellement dans ce pays.
7 Juin 1915
Le pays s’appelle Futeau dans la Meuse : le site est charmant, il y a encore des civils et nous trouvons à peu près ce que nous voulons, le vin à 70 cts.
8 Juin 1915
Nous partons à 7 heures du soir, nous ne savons pas où. Il n’y a pas de doute, nous allons vers le Front. Nous traversons les Islettes et apercevons de grands bois à droite et à gauche : C’est la Forêt de l’Argonne. Voici Clermont en Argonne. Quel pénible spectacle : pas une maison ne reste debout, les Allemands ayant incendié et détruit le pays. Notre marche continue. Un convoi de plus de 100 autos – camions qui transportent des troupes nous croisent sur la route. Il y a tellement de poussière que nous sommes aveuglés ; nous ne pouvons plus respirer. La marche est exténuante et longue. Le son du canon se rapproche et des fusées illuminent de temps en temps l’horizon, elles partent des premières lignes et cependant elles paraissent proches.
Enfin, arrêt, nous cantonnons dans des granges au petit bonheur. Toujours pas de paille, cependant quelques bâtiments en sont bien pourvus.
Nous sommes à Parois à 7 kilomètres du Front.
On ne peut dormir tellement les rats pullulent et que de puces et de poux !! On trouve à peu près de tout.
 

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