Enigme autour d'un poilu décédé 2 fois

Publié par Pierre MILLET

Exposé des faits :
 
En effectuant le relevé des Monuments aux Morts et des Livres d’Or de la Dordogne, (travail collectif réalisé par les bénévoles de l’Amicale Généa24) nous sommes tombés sur un nom qui nous pose problème : il s’agit de RAGOT C. tel qu’il est inscrit sur le monument commémoratif de la ville de BERGERAC.
 
Nous avons consulté le Livre d’Or de la ville et avons trouvé un Charles Pierre RAGOT qui semble bien correspondre à ce RAGOT C. Sur le LO, il est dit né le 20 novembre 1883 à Soyaux (Charente) et décédé le 25 septembre 1914 à La Faloise (commune d'ATTICHY) dans l'Oise. Il est "Soldat au 307e R.I.).
 
Sa fiche décès à SGA Mémoire des Hommes donne les mêmes renseignements avec la mention « suites de blessures de guerre ».
 
En tant que coordinateur des relevés, j’ai donc poussé mes recherches pour essayer de résoudre ce problème qui se posait à nous.
 
J’ai d'abord centralisé tous les documents disponibles sur Internet :
- La Fiche décès de SGA Mémoire des Hommes
Fiche SGA Mémoire des Hommes de Charles Pierre RAGOT

Fiche SGA Mémoire des Hommes de Charles Pierre RAGOT

- La copie du Livre d'Or de Bergerac :

Exrait du Livre d'Or de Bergerac

Exrait du Livre d'Or de Bergerac

 
- La fiche matricule n° 1126 à Angoulême (Cote 1RPRVO 146 - registres de 1903, Page 184, classe de mobilisation 1901) sur laquelle on note qu'il est bien né le 20 novembre 1883 à Soyaux mais déclaré décédé le 9 décembre 1921 à Angoulême. Cette fiche matricule a permis de le relier avec la ville de Bergerac : il y habitait en 1913.
(Ne pouvant diffuser les documents des AD 16 sans Licence, 
je mets le lien direct et les références.)
- L'acte de naissance aux AD d'Angoulême - Registre d’état-civil de Soyaux 1883-1892 - P. 8
(Ne pouvant diffuser les documents des AD 16 sans Licence, 
je mets le lien direct et les références.)
 
Ensuite, j’ai demandé l’acte de décès auprès de la mairie d’Angoulême qui m’a transmis la copie. Sur celui-ci, il est précisé « décédé à son domicile » et  il est dit « époux de Noémie ASTARIE ». Le mariage est bien indiqué en marge de son acte de naissance. Il ne peut donc y avoir de confusion sur la personne. (voir photocopie ci-dessous)
Copie de l'acte de décès transmis par la mairie d'Angoulême.

Copie de l'acte de décès transmis par la mairie d'Angoulême.

Comme la fiche de décès de Mémoire des Hommes précise que la transcription du décès a été faite à Bergerac, j’ai profité de mes vacances en Dordogne pour faire la copie de cette transcription aux Archives Municipales de Bergerac. Et là, surprise, le dénommé RAGOT Charles Pierre né le 20 novembre 1883 à Soyaux est déclaré décédé le 25 septembre 1914 à La Faloise (commune d’Attichy) dans l’Oise. (photo ci-dessous)
 
Je me trouve donc en possession de 2 actes de décès pour une seule et même personne. Nous nageons donc en plein mystère.
Copie de la Transcription du décès le 6 Juillet 1915 à Bergerac. Document des archives municipales.

Copie de la Transcription du décès le 6 Juillet 1915 à Bergerac. Document des archives municipales.

Résumé :
 
Nous avons un Poilu, Charles Pierre RAGOT, né le 20 novembre 1883 à Soyaux (Charente) et 2 décès pour le même poilu :
 
      Le 25 septembre 1914 à La Faloise (ATTICHY) transcrit à Bergerac le 6 juillet 1915 (LO   et SGA Mémoire des Hommes)
      Le 9 décembre 1921 à ANGOULÊME (Charente) transcrit à Angoulême et sur la Fiche    Matricule d’Angoulême.
 
Le matricule dans le régiment indiqué sur la transcription du décès à Bergerac correspond à celui indiqué sur la fiche SGA MdH.
 
Résolution probable de cette énigme :
 
En élargissant les recherches sur les RAGOT de Charente MPLF, il se trouve qu’un Alphonse RAGOT né le 16 avril 1887 à Nercillac (Charente) est décédé aussi le 25 septembre 1914 à la Ferme de Morenval (à ATTICHY) dans l’Oise. Or, la Ferme de Morenval et La Faloise font toutes les 2 parties de la même commune d’ATTICHY. Les 2 RAGOT (Alphonse et Charles) appartenaient le 1er au 307e RI et le 2e au 107e, sur sa fiche matricule, sachant que le 307e est un régiment complémentaire au 107e créé à l’occasion de la Guerre 14-18.
 
Il a pu y avoir une confusion sur la personne, d’autant que Charles RAGOT a été blessé à la main gauche le 18 septembre 1914 à Moulin sous Touvent, à proximité d’Attichy, et qu’il a dû sûrement être hospitalisé quelques jours avant de retourner au front.
 
Il serait intéressant de récupérer la copie de la transcription le 24 février 1918 du décès d’Alphonse RAGOT à Nercillac, même si je pense qu’elle ne nous apportera pas d’éléments supplémentaires. (voir sa fiche MdH ci-dessous)
 
Si quelqu’un de la Charente lit cet article et a l’occasion de se rendre à Nercillac, je lui serais reconnaissant s’il pouvait m’en obtenir une copie et je l’en remercie à l’avance.
 
Conclusion :
 
Dans l’attente d’une éventuelle résolution de cette énigme, je vais indiquer les 2 possibilités sur la base Geneanet des relevés des MaM de Dordogne, privilégiant, néanmoins, le décès à Angoulême et l’indiquant comme non MPLF.
 
D’un autre côté, je vais transmettre le dossier complet au webmaster de Mémoire des Hommes pour lui signaler ce cas spécifique. Ce sera à lui de faire son choix, modification ou non de la fiche de Charles Pierre RAGOT.
 
Pierre MILLET.
18 août 2016
Fiche décès d'Alphonse RAGOT

Fiche décès d'Alphonse RAGOT

Publié dans 1914-1918, MPLF, Dordogne, Charente

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