Le Carnet de Guerre du Sergent Firmin BIDARD - 3ème Partie

Publié le par Pierre MILLET

Verdun et la Somme.
 
Novembre 1915.
 
Le 5 et 6. Je suis de service au poste de Parois.
Le 7. Repos ; Dégustons un colis avec Vignaux.
8 au 12. Service jour et nuit avec Andral, il neige.
16. Service de jour avec Trillot, il neige. Suis de nuit avec Trillot.
20. apprenons lecture du Mors à vue (je pense qu’il s’agit du morse).
21. Service de jour avec Boyer.
24 à 24. Neige, lecture Mors (morse) et corvées.
25. Sommes bombardés à Parois de 5 à  6h du soir avec du 210.
28-29. Suis à la garde de Police 30, Relèves.
1er Décembre. Remontons aux tranchées par atelier. Je prends le poste des 4 Enfants avec Andral, Binet et Giroudeau à la Tranchée 5, Hauterive et Retif à Pont Roume ; nous relevons le 331e sans incidents. Journée et nuit calmes.
3 Déc. Pluie et dégel, inondations, terre glaiseuse, tous les boyaux sont écroulés. Le poste de Tranchée 5 s’est éboulé. Binet et Girondeau reviennent avec nous à 4 enfants. Toute la nuit, nous épuisons l’eau qui envahit notre poste.
Le 4. Je suis reversé au 331e au poste de Buate-Centre où je retrouve Maugé et Guillerme, 2 bons amis, leur poste est également inondé. Jour et nuit, nous épuisons l’eau et le soir, nous nous passons de manger, impossible d’aller chercher la soupe aux Allieux à 2 kilomètres.
5 et 6. Toujours pluie et boue. Voila 3 jours que je n’ai pas eu de lettre.
Le 7. Nous avons reçu des obus asphyxiants.
8. Sommes redescendus au repos à Parois. Travaux et corvées. Lecture de Mors.
Le 15. Étant de service, en allant la nuit chercher un officier, dans un grenier je suis passé au travers de ce plancher et tombé entre 2  chevaux. Je suis légèrement blessé, mais pas assez pour être évacué.
22. Je suis remonté au front au poste de Pont Roume avec Pépin.
24. En allant réparer aux Sapins, j’essuie 7 obus de 105, sans être blessé.
25. C’est Noël. Nous mettons nos postes en intercommunication et nous entendons chanter les copains dans leurs postes. On boit un bon coup de pinard et faisons un petit réveillon à Minuit. Le Margis (albrespi) ( ???), observateur d’artillerie de la tranchée 8 nous propose d’aller couper devant la tranchée et au nez des Boches un petit buisson qui le gène à sa vue. Nous partons à 3, un par poste télép. avec lui, j’en suis, car je sais que le gars a du cran et sans encombre, abattons à la cisaille le fameux buisson sans que les Boches, fêtant eux aussi Noël, ne s’en aperçoivent.
Quel coup de pinard au retour ! Je rentre au poste à 2 h du matin.
26. Violent bombardement pendant la tournée, à deux reprises, rafales de plus de 100 coups de tout calibre. Lignes coupées que nous réparons.
28. Redescendons au repos à Parois le soir sans incident.
31. Faisons un bon repas pour finir l’année 1915.
 
1916.
 
1er au 8 Janvier 1916. Service et corvées.
9-10 et 11. Je suis malade, fièvre et coliques.
12. Quoique mal fichu,  je remonte au front avec Pépin aux 4 Enfants. Payé avant de partir : 1 litre de lait 1,35 F à la Coopé du 297e. Quelle honte !
13/14. Bombardement intense. Torpilles sur le 91e d’Infanterie aux Sapins-Buante.
19. Revenons sur Pont Roume ; au moment de partir 7 fusants de 77. Allant aux repos, nous coupons à travers la Forêt et prenons le petit Decauville (petit train roulant sur des voies à faible écartement) aux Bertrannes. Nous avons une rupture d’attelage qui vient tamponner en derrière une machine qui venait en sens inverse : 2 wagons de déraillés freins serrés, nous avons eu chaud mais pas de blessés. Quel cahot !
23 et 24. Service avec Pépin, poste de Parois.
31. Remonté au front avec Cotté et Binet.
3 et 4 février. Bombardement avec du 150 et 210. 5 fév. Nous avons 2 lignes coupées 4 E et 0.8. Nous réparons aussitôt.
 7 fév. Nous redescendons au repos.
21. Remontée au front avec mon atelier. J’occupe Buante-Centre avec Binet et Janis. Nous sommes pris en arrivant sous un violent tir de barrage que nous avons du mal à franchir en nous couchant à chaque rafale de 4 obus de 210.
 
Attaque de Verdun.
 
Le 22 février 1916. Grande attaque Boche sur Verdun. Violent bombardement, nuit et jour. Nous sommes coupés de tous cotés et réparons jour et nuit sous les obus. Le 29e quitte les lignes et passe en réserve, mais comme je ne suis pas relevé, je reste en ligne avec mes 2 postes  et mes 6 hommes. Le 48e qui relève le 29e Territorial a ses téléphonistes au Mort-Homme (il s’agit d’un promontoire de 295 m d’altitude qui domine à pic la Meuse et appartient à la cote 304), le Commandant envoie 2 coureurs demander à son Colonel de nous relever, croyant ses postes assurés par le 5e CA. Les 2 coureurs sont tués et nous ne sommes relevés que le 24 où nous rentrons à Parois qui est bombardé et évacué.
26. Parois bombardé est en flammes. Une famille qui s’était attardée en enlevant quelques habits est réduite en bouillie, une jeune fille de 15 ans nous tombe broyée dans les jambes. Le Vieux Colonel Mengniès du 29e Territorial reste stoïque. Dans les rues et à découvert jusqu’à la fin de l’évacuation du village qui est réduit en graviers.
2-3-4 mars. Bivouaquons en Baraquements, apprenons que notre 2e Bataillon qui était à Verdun a été décimé. :
                5e Cie reste 11 hommes sur 200
                6e Cie reste 2 hommes seulement sur 200
                7e Cie reste en partie tous prisonniers
                8e Cie moins éprouvée.
4 et 5. Service avec Binet au Poste du Colonel jusqu’au 12. Le 15, nouveau bombardement sur Parois.
18-19. Service avec Vignaux.
3 avril. Je suis malade et dirigé à l’ambulance de Ste Ménéhould. Le 4. Évacué Hôpital de Bar-le-Duc. M’étant déclaré « sans religion », je suis la bête noire des infirmiers qui presque tous sont des curés en soldats à tel point que l’on me refuse même du lait et que l’on me change dans un baraquement moins bien installé où j’ai vu mourir, près de moi, mon pauvre artilleur à qui ils auraient pu adoucir les derniers moments. (Belle doctrine du Christ) !!!
Le 19. Je pars en permission de convalescence de 6 jours. Comme je suis toujours malade, je vais à la Place à Paris demander une prolongation qui m’est refusée. On m’enjoint de regagner l’H.O.E. de St Dizier.
Le 27. Je ne puis aller jusque-là et couche à Revigny (sans doute Revigny-sur-Ornain dans la Meuse), dans un petit cantonnement et repars le lendemain à pied.
Le 28. Arrive à St Dizier – Pas de place. Tout est plein et je dois coucher dans un appentis dans une cour.
Le 29. Personne ne veut de moi et le major, malgré mes 39 de fièvre me fait rééquiper le matin à 7 heures et l’on ne me fait partir qu’à minuit rejoindre aux Ilettes mon Corps.
Le 30 avril. Arrivé aux Ilettes à 5 h du matin. Je trouve un camion et à 6 h je suis à Clermont et à 8 h à Parois. A 11 h 1/2 une douzaine d’avions boches bombardent notre secteur.
3 mai. Service avec Boyer au Bureau du Colonel, vu sur la table de celui-ci (au front) une langouste fraiche et des asperges. Ces messieurs ne s’en font pas, pendant qu’à 5 Kilomètres plus loin les pauvres types se font casser la gueule.
5 mai. En corvée à la gare de ?? à décharger des pièces de bois en chêne. Rentrons à 8 h du soir éreintés à Parois.
Du 11 mai au 18. Remontons en ligne. Je suis avec Moreau au Poste Sébastopol-Dervin, le 16, un violent bombardement, lignes coupées. En allant rétablir, je reçois plusieurs rafales de fusants. Je ne suis pas blessé.
18. Redescendons au repos à Parois. 19. Violents bombardements de la côte 804 sur notre droite.
20. Service avec Moreau à Parois. 24. Au bureau du Colonel. 26. Au ravitaillement.
1er au 7 juin. Remonté en ligne Poste de la Noix des Prêcheurs avec Cazaux et Lober ; Moreau et Leblond au Poste F. Nous sommes coupés 5 fois. 2 pionniers sont enterrés par un 210, on n’a pu les retirer et morts que 4 heures après.
8 au 23 juin. Repos et corvées diverses.
Le 24. Je demande un laissez-passer pour et vais voir mon Beau-frère Aubert qui est au 4e Zouaves à Jubécourt avant de monter à Verdun. Nous sommes heureux de nous revoir depuis la mobilisation. Avons du mal à trouver un bidon de pinard à son ordinaire. Quelle fête ! Le 26, je retourne en cachette le voir sans être inquiété.
Le 28. Violent bombardement de notre secteur. Parois brûle avec nos cantonnements.
Les 29 et 30. La canonnade continue sans arrêt sur Verdun et en Champagne.
1er Juillet. Construisons une sape pour nous mettre à l’abri des éclats d’obus.
2. Une attaque générale France-Angleterre est déclenchée dans la Somme où nous faisons des progrès très sensibles.
10 juillet. Les troupes Franco-Anglaises ont enfoncé les lignes allemandes sur 20 Kilomètres et 7 Kilomètres en profondeur.
Le 24. Remonté en ligne avec Bouju et Binet à Avocourt (Meuse) Poste Centre 6. Nous sommes remplis de puces. Le temps de poser nos jambes par terre dans le poste, qu’on les râcle à la main.
Le 26. Nous sommes dans le Cimetière d’Avocourt, mon poste installé dans un caveau dont on a enlevé les cercueils. Les Boches sont à 50 mètres. Un canon de 75 est descendu pendant les nuits par pièces et remonté pour tirer à mitraille si les Boches attaquent. Le Mort-Homme est à 2 Kilomètres.
Le 27. Nous sommes malheureusement bombardés dans nos 1ères lignes.
Le 28. Je suis pris dans une rafale de mitrailleuses en allant aux feuillées (WC) et c’est miracle que je m’en suis tiré. Je suis resté couché ½ heure dans ce coin malodorant.
Le 29. Nous descendons au repos et je reçois mon révolver N° 0.6618 au lieu de mon fusil. Je suis content, c’est moins lourd. Des bruits courent que le Régiment irait au repos.
3 Août. Il est confirmé que le 29e va à l’arrière. Mais où ? On ne sait rien.
Le 4 Août. Le Régiment part à l’arrière,  première étape : Froidos (Meuse). Je reste pour récupérer le Matériel téléphonique des postes et ne partirai que le 6 avec le 2ème Bataillon.
Le 6. Départ pour Froidos, arrivons à 9 heures du soir avec sac et barda.
Le 7. 2e étape : Froidos – Auzécourt. Repos.
Le 10. 3e étape : Auzécourt – Heilz-le-Marupt (en fait Heiltz-le-Marupt (51) je pense).
Le 11. 4’ étape : Heilz – Ile sur Marne (Isle-sur-Marne (51)).
Le 12. 5e étape : Ile – St Léger-sous-Margerie.
Le 13. 6e étape : St Léger – Avant-les-Ramrupt (Aube) (Avant-les-Ramerupt) où se trouve le cantonnement du Régiment.
Le 15. Parti en permission de 6 jours à 11 heures.
23 août. Retour de permission à 11 h du soir à Avant-les-Ramerupt où nous cantonnons.
28. Partons d’Avant pour Jasseines (Aube).
31. d° de Jasseines pour Margerie.
Le 2 septembre. Partons de Margerie (Margerie-Hancourt (51)) pour la gare de Gigny (sans doute Gigny-Bussy (51) à quelques kilomètres au Nord de Margerie) où nous embarquons à 18 h. Dans la nuit, notre train passe à Noisy-le-Sec – Le Bourget – Compiègne – Aumont et débarquons le 3 à Conty (80) à 6 h du soir. Les 4 et 5. Repos. Je suis de jour. Allons cantonner à Poix où nous arrivons à 6 h du soir.
Le 10. Partons de Poix à 5 h du matin.
Le 11. On nous réveille à 2 h du matin pour arriver à Plachy-Buyon à 11 heures.
Le 14. Départ de Plachy pour Gentelles, toujours à pied. Le 15 sept. Partons de Gentelles à 6 h pour Bray s/Somme, arrivons à Midi.
 Le 16. Départ de Bray pour Cerisy où nous arrivons à 9 h 30 – Repos.
Le 19. Départ de Cerisy pour Suzanne où nous trouvons pluie et boue jusqu’aux chevilles. Dans certaines routes, celle-ci atteint 40 centimètres et l’on est obligé d’y mettre des bottes de fascines pour passer. J’ai vu sur les routes allant à Bouchavesnes des chevaux enlisés morts avec leurs voitures.
Le 20. Les Boches attaquent Bouchavesnes (80) avec une Division – Notre 331e qui le défendait, fait merveille et les repousse mais ses pertes sont de 400 hommes.
Le 25. Je demande à suivre les Cours d’officiers à reverser dans l’action puisque j’y suis presque toujours détaché. Mon Capitaine refuse.
Le 29. Toute la nuit, nous réparons la route de Péronne, près Cléry, où nous sommes constamment arrosés de fusants : ma musette est criblée d’éclats, mon bidon percé mais je e suis pas blessé. J’ai de la chance.
Le 30 (sept) et 1-2-3 novembre (il s’agit en fait d’octobre). Même travail de nuit sur cette route que les Boches pilonnent, nous avons plusieurs tués et blessés. Les 4 au 15. Nous faisons des tranchées.
Le 17. Je passe au 8e Génie téléphonique avec mon équipe télép. de 8 hommes.
Le 18 Oct. Monté une ligne avec le 8e Génie du Parc à la Division.
19 au 21. Nous établissons des lignes souterraines de Vieux Bois à Maurepas.
Le 22. Partons à 5 h du matin à la Ferme de l’Hôpital. Brigade Messimy (ancien ministre) devant le Forest, nous sommes arrosés pendant 1 heure avec du 150..
Pendant cette période du 22 oct. au 6 Novembre où nous étions détachés au 8e Génie, notre 5e Corps à gauche de la 6ème Armée a perdu puis repris Bouchavesnes. Messimy, qui avait demandé 24 h d’artillerie lourde pour chasser les Boches du bois de St Pierre Vast (en fait St Pierre-Vaast à proximité de Rancourt (80) au nord de Bouchavesnes), se les voit refuser quand ils ont contre-attaqué et le soir le bois était repris par les Boches. Il avait coûté plus de 1 000 chasseurs à la Brigade Messimy qui n’avait que son A.D. (artillerie divisionnaire) pour repousser les 3 Divisions boches. C’était bien là, la jalousie et l’incurie. Messimy était ancien Ministre (de la Guerre notamment au tout début du Conflit).
J’ai vu Verdun : c’était triste mais la Somme ! Il faut avoir vu la boue de la Somme, coucher dans les rues comme une nappe de lave. Un cratère de boue.
En remontant de la Ferme de l’Hôpital, un de mes hommes (boues jusqu’aux genoux tous) glisse dans un trou à obus rempli de cette boue qui cachait à la vue et le malheureux, boue jusqu’aux bras, allait s’enliser et nous eûmes toutes les peines du monde à le hisser avec un fusil.
Une plaine de boue où l’on voyait de place en place des fourragères d’artillerie pleines d’obus et abandonnées avec les chevaux morts dans cette boue. Vision de cauchemar inoubliable.
6 Novembre. Les avions Boches nous font sauter notre grand Parc de munitions de Cerisy, plus d’un Kilomètre de long. C’était épouvantable à voir, les explosions ont duré plus de 24 h et des obus de gros calibres tombaient en éclatant sur les villages voisins. C’est du reste cette explosion, de notre Parc, qui a mis fin à notre avance dans la Somme par le manque d’obus.
Le 11. Nous rentrons au 29ème. Le 12. Le Régiment est relevé avec tout le 5ème Corps. Le nôtre, au repos.
Le 14. Départ de Suzanne en camions pour Criquiers (76) où nous restons jusqu’au 27. J’ai pu faire venir 5 jours ma femme accompagnée de celle de mon ami Bouju. Des gens du pays leur ont envoyé des dépêches – oncle très mal. Bref, elles ont pu obtenir le laissez-passer, mais non sans mal et quel voyage, elles repartent le 26, car le lendemain, le 27, nous embarquons de Criquiers pour la Chaussée-s/Marne (51), mais nous débarquons à Vitry-la-Ville (51).
3 décembre. Départ de la Chaussée-s/Marne en camions pour Granville – Aube.
Le 6 Xbre. Je pars en permission de 9 jours et rentre le 20 car le Régiment avait changé de localité et à la Gare de l’Est on m’expédie à Fismes (51) où se trouverait ma 10ème Division.
Le 20. On me renvoie à Maisy (?) à la 10e BI où l’on ne peut me dire où se trouve la 29ème qui n’appartient plus à la 10ème Div. mais à D.E.S. On me dirige sur Avenay près d’Epernay et arrive à Dormans (51) par le C.B.P. à 8 h du soir, où je trouve une chambre pour coucher avec 2 permissionnaires comme moi.
Le 21. Nous repartons pour Epernay où je rencontre le Commandant du 1er Bataillon du 29, un bon type le Ct Sausay qui nous emmène dans son auto à Avenay (Avenay-Val d’Or, sans doute, près d’Epernay). Ouf !
Du 21 Xbre 1916 au 5 janvier 1917. Repos à Avenay – Corvées.
 

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